“Si je lève le pied, je vais perdre tout ce que j’ai construit.”
La science est aujourd’hui très claire : une trêve bien menée améliore la performance, réduit les blessures et prolonge la carrière sportive.
La trêve hivernale n’est ni un arrêt total, ni un “laisser-aller”.
C’est une phase de récupération planifiée, physiologique et mentale, qui intervient généralement :
après la dernière compétition de l’année
avant la reprise de la préparation générale
Sa durée optimale est de 2 à 4 semaines, selon ton volume annuel, ton âge et ton historique de blessures.
Référence scientifique :
Les recommandations de l’INSEP et du CNOSF indiquent qu’une période de récupération annuelle est indispensable dans les sports d’endurance pour restaurer les systèmes musculo-squelettique, hormonal et nerveux.
Ton système nerveux est fatigué
Même si tu ne te sens pas “cassé”, ton système nerveux central accumule de la fatigue invisible :
baisse de la qualité du sommeil
temps de réaction altéré
perte de motivation
Des études relayées par l’INSERM montrent que la fatigue centrale chronique augmente le risque de blessures et diminue l’adaptation à l’entraînement.
Tes tissus n’ont jamais vraiment récupéré
En triathlon, tu empiles :
micro-traumatismes tendineux
contraintes articulaires répétées
stress osseux (surtout en course à pied)
Sans trêve, ces micro-lésions s’additionnent.
La littérature médicale du sport française (revues HAS / Médecine du Sport) confirme que les tendinopathies chroniques sont souvent liées à l’absence de périodes de décharge annuelle.
Ton système hormonal a besoin de souffler
Chez les triathlètes, on observe fréquemment en fin de saison :
baisse de la testostérone chez l’homme
perturbations du cycle chez la femme
dérèglement du cortisol
L’INSEP souligne que la récupération annuelle permet de normaliser les marqueurs hormonaux, surtout chez les sportifs d’endurance.
Soyons clairs;
❌ ce n’est pas rester sur le canapé
❌ ce n’est pas prendre 5 kg “parce que c’est l’hiver”
❌ ce n’est pas couper toute activité
C’est changer de charge, pas supprimer le mouvement.
1. Réduis le volume (fortement)
Diminue ton volume total de 40 à 60 %
Supprime les séances très intenses (VMA, seuil long, gros braquets)
2. Garde du mouvement, mais autrement
C’est le moment idéal pour :
trail léger
VTT
natation ludique
sports collectifs
renforcement général
mobilité / yoga
Le but : stimuler sans épuiser.
3. Renforce ce que tu négliges toute l’année
En tant que kiné, je le vois tous les jours :
fessiers sous-actifs
gainage déficient
pieds fragiles
hanches raides
La trêve est LE moment parfait pour :
renforcement global
prévention des blessures
correction des déséquilibres
Les programmes de prévention recommandés par la HAS et les sociétés françaises de médecine du sport sont plus efficaces en période de faible charge.
4. Dors, mange, respire
Pendant la trêve :
améliore ton sommeil
mange suffisamment (sans obsession)
laisse ton métabolisme respirer
C’est aussi une période clé pour éviter le surmenage et le RED-S (déficit énergétique relatif), très présent chez les triathlètes.
5. Coupe mentalement
C’est souvent le plus dur… et le plus important.
moins de Strava, Garmin
moins de comparaisons
moins de pression
Les travaux de psychologie du sport de l'INSEP montrent que la récupération mentale est aussi déterminante que la récupération physique.
En pratique :
triathlète amateur → 2 à 3 semaines
gros volume annuel / longue distance → 3 à 4 semaines
historique de blessures → parfois un peu plus
Mieux vaut une trêve courte que pas de trêve du tout.
✔️ moins de blessures la saison suivante
✔️ meilleure capacité à encaisser la charge
✔️ progression plus durable
✔️ motivation retrouvée
✔️ plaisir intact
👉 Beaucoup de triathlètes qui “stagnent” n’ont pas un problème d’entraînement… ils ont un problème de récupération.
La trêve hivernale n’est pas un luxe.
C’est une stratégie de performance, validée par la science, utilisée par les athlètes de haut niveau et indispensable pour durer.
Benoît Faucher (Kinésithérapeute)