La pubalgie fait partie des blessures les plus frustrantes pour les triathlètes. Elle traîne, elle gêne, elle t’empêche d’accélérer… et si tu t’entêtes, elle te le fait payer.
Bonne nouvelle : aujourd’hui, on comprend beaucoup mieux cette pathologie grâce aux dernières données scientifiques, et le retour au sport est quasi toujours possible, souvent plus vite qu’on ne le pense.
Dans cet article, je t’explique ce qui se passe réellement, comment reconnaître les signes, et surtout ce que toi, triathlète, tu peux faire concrètement pour t’en sortir.
La pubalgie n’est pas une pathologie unique. C’est un syndrome regroupant plusieurs atteintes pouvant coexister :
🔹 Atteinte pariéto-abdominale
Déficit de la paroi abdominale (obliques, droit de l’abdomen) créant des contraintes excessives sur la symphyse pubienne.
🔹 Atteinte des adducteurs
Tendinopathie ou surcharge des adducteurs, particulièrement le long adducteur.
🔹 Atteinte de la symphyse pubienne
Inflammation articulaire (ostéite pubienne) avec sensibilité locale.
🔹 Atteinte des fléchisseurs de hanche
Iliopsoas tendu / irrité, parfois compressif.
Chez le triathlète, ces atteintes s’associent souvent parce que tu enchaînes :
postures prolongées en flexion (vélo)
mouvements répétitifs en course
poussée en extension / battements en natation
Bref, un cocktail parfait si ta stabilité pelvienne n’est pas optimale.
La littérature récente identifie plusieurs facteurs spécifiques au triathlon :
👉 Le vélo : le coupable n°1
Flexion prolongée de hanche
Fermeture de l’angle ilio-pubien
Sollicitation importante de l’iliopsoas
Gainage passif → manque de contrôle actif
👉 La course à pied (surtout quand tu augmentes le volume trop vite)
Impact répété sur la symphyse
Surcharge des adducteurs lors de la phase d’appui
Erreurs classiques : trop d’intensité, trop vite, trop souvent
👉 La natation en crawl
Battements toniques
Hyper-sollicitation des fléchisseurs de hanche
Rotation du tronc → contraintes asymétriques
👉 Les transitions (T2 notamment)
Passer du vélo à la course avec des fléchisseurs raccourcis est un facteur de surcharge majeur.
Tu es peut-être concerné si tu ressens :
douleur à l’intérieur de la cuisse ou en haut du pubis
gêne quand tu accélères en course
douleur quand tu lèves le genou (montées, pas de géant, sprint)
tiraillement lors des battements en natation
douleur quand tu te lèves d’une chaise
douleur à froid + amélioration à chaud
👉 Et si tu tousses / éternues et que ça pique au pubis : pubalgie très probable.
Les dernières études convergent vers un protocole clair :
🔥 1. Supprimer la douleur aiguë (1 à 3 semaines)
Pas d’arrêt complet mais adaptation :
réduction de la course à pied
maintien du vélo si sans douleur
natation OK mais limiter battements
auto-massage adducteurs + psoas
chaleur locale / physiothérapie ciblée
👉 Ton but : calmer l’irritation, pas devenir sédentaire.
🔥 2. Renforcement progressif des adducteurs + abdos + fessiers
C’est LE cœur du traitement.
Les études montrent que :
Le renforcement des adducteurs réduit le risque de pubalgie de 41% (Campbell et al., 2023)
Exercices incontournables :
Squeeze ballon (isométrie 10–30 sec)
Adductor plank
Copenhagen plank (progression indispensable)
Dead bug anti-rotation
Planche latérale avec mouvement de jambe
Pont fessier + variantes unilatérales
Hip hike
👉 Fais ces exos 3x/semaine, en restant dans une douleur ≤ 3/10.
🔥 3. Rendre le bassin stable dans le mouvement
Lunges
Step-down
Montées de genou contrôlées
Split squat lombopelvien neutre
🔥 4. Retour progressif au triathlon
Dans l’ordre :
vélo
natation (battements modérés)
footing lent
accélérations progressives
répétitions / seuil / VMA
👉 À chaque étape : douleur ≤ 3/10 pendant + après.
✔️ 1. Check ta position vélo
Assure-toi d’avoir :
un angle de hanche pas trop fermé
une selle adaptée
une bonne mobilité de hanche
👉 Si tu sens que ça tire au pubis après 2h de sortie, fais régler ton vélo. Sérieusement.
✔️ 2. Travaille ta mobilité psoas / adducteurs
2 min/jours suffisent… mais tu dois le faire tous les jours.
✔️ 3. Gaine plus intelligemment
Pas des planches statiques de 3 minutes.
Des planches anti-rotation (dead bug, bird dog, pallof press).
✔️ 4. Ne sors pas courir juste après une grosse séance vélo sans transition soft
Ajoute 5 minutes à d'habitude entre les deux. Ça change tout.
✔️ 5. Varie ton terrain de course
Évite le tout-bitume pendant la phase douloureuse.
Chemins → meilleure absorption.
✔️ 6. Coupe la douleur → mais jamais ton cardio
Tu peux :
faire du home trainer
nager bras seuls
faire de la résistance en salle
👉 Ton cardio n’a pas à souffrir parce que ton pubis proteste.
🔸 Programme rapide
3 fois par semaine :
Copenhagen → 3x 20 sec
Planche latérale → 3x 30 sec
Dead bug → 3x 10
Hip thrust unilatéral → 3x 12
Étirements psoas / adducteurs → 2 min/jambes
2 fois par semaine :
travail technique course
foulée légère
cadence > 170
1 fois par semaine :
vérification de ta posture vélo
mobilité bassin / hanches
Consulte un kiné du sport si :
douleur > 4 semaines
douleur au repos
douleur qui augmente à l’effort
boiterie
suspicion de hernie abdominale
antécédents de pubalgie
👉 Plus tu consultes tôt, plus le retour au tri est rapide.
La pubalgie n’est pas une fatalité, et elle ne doit pas te faire peur. Elle te demande simplement d’être plus fin techniquement et plus rigoureux musculairement.
Avec un bon protocole, un renfo solide des adducteurs, un bassin stable et une gestion intelligente de tes charges, tu reviens non seulement sans douleur, mais souvent meilleur triathlète qu'avant.
Benoît Faucher (MKDE)